Expatriée en Australie: mon parcours dans la restauration

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Je suis arrivée en Australie en avril 2016.

J’ai débarqué dans une petite ville tranquille à 2h de Sydney, avec mon homme, Inò.

C’est une région de vignoble. Le vin produit ici est excellent et les Wineries sont réputées.

En arrivant, malgré un niveau d’anglais scolaire, je trouve un emploi dans un café en moins de deux jours.

Je suis Barista.

Malgré mes 10 années d’expérience à travailler derrière un bar, c’est un nouveau challenge pour moi: le café expresso en Australie n’est pas populaire!

L’art de fabriquer la mousse de lait est un défi à relever! C’est excitant d’apprendre de nouvelles façons de servir un café!

Ici, on sert le Latte, le White Flag ou encore le Cappuccino sous différentes variations. Ces 3 là sont les plus populaires mais il en existe bien d’autres à la carte.

Les clients demandent leur type de lait préféré (lait d’amande, lait écrémé, lait entier…), la taille du café: Small, Medium ou Large, si c’est à emporté ou «in a cup» (= small) or «in a mug» (= large) si c’est sur place.

Et vous savez quoi, il peuvent même choisir la température du lait!!! Ils sont fous ces australiens!!

Sur une commande de 3 personnes, ça donne: «Bonjour, puis-je avoir un caramel latte, small, avec du lait entier et deux
sucrettes SVP. Le lait pas trop chaud, 55 degrés merci! Pour ma copine, ce sera un cappuccino avec du lait d’amande, sans sucre, température normale (85degrés), taille medium. Et pour chéri, ce sera un White flag, Large, double shot, avec 3 sucres. Merci

Donc pour servir 3 cafés, n’oubliez pas de prendre de quoi noter! ah ah!

Cette 1ère expérience professionnelle en Australie est intéressante. Le salaire n’est pas très élevé: $15 de l’heure alors qu’en moyenne c’est plutôt environ $21 de l’heure (BRUT). C’est pas très grave. Je suis tellement contente d’avoir obtenu ce job en si peu de temps! Dans cette petite ville et avec mon niveau d’anglais, j’y croyais pas du tout!

Le travail est simple et facile à apprendre. La pratique, c’est autre chose… il faut du temps!

Les journées sont courtes (9h-15h) ce qui me permet d’avoir du temps pour moi en fin de journée et j’apprécie. Et surtout j’améliore petit à petit mon anglais ce qui me donne confiance en moi.

Mais très vite, je m’ennuie. Au bout de 4 mois, je démissionne.

 

J’ai démissionné de mon job de Barista en septembre 2016.

À ce moment là, je n’ai pas d’ambition immédiate à satisfaire.

J’ai une formation de décoratrice d’intérieur mais je veux juste emprunter des chemins inconnus, encore un peu. On verra plus tard pour le reste. J’ai déjà bientôt 30 ans mais je ne suis pas pressée.

Début septembre, le restaurant où travaille Inò recherche quelqu’un pour faire la plonge. Coup de chance pour moi: je cherche un nouveau job.

Je peux tout faire, rien ne me rebute. Mon niveau d’anglais n’a pas beaucoup progressé. Je perd confiance en moi de ce coté-là. J’hésite, j’ai peur de me lancer. Mais je dois aller de l’avant.

J’ai obtenu le poste.

Depuis septembre 2016, je suis donc Kitchen Hand dans un restaurant gastronomique.

Au début, mon travail consiste à faire la plonge le soir et le week-end. Le poste consiste également à effectuer des tâches relativement simples pour aider les cuisiniers: éplucher, décortiquer, mettre sous-vide… etc..

C’est physique, éprouvant. La cuisine est immense, au moins 150 m carré! Il y’a deux postes de plonge, l’un et l’autre à deux bouts de la cuisine évidement… Je cours partout pendant des heures, je transpire et j’ai mal au dos mais je m’en fiche.

Je suis heureuse d’être ici. L’équipe est fantastique, que des hommes mais j’ai l’habitude et je crois que je préfère de toute façon. C’est une brigade de Chefs extraordinaire et c’est surement grâce à eux que je me sens parfaitement bien ici.

Les horaires sont correctes, j’embauche au plus tôt à 16h pour le service du soir et je travaille jusqu’à la fermeture (entre 23h30 et 1h du matin). Encore une fois, j’ai du temps pour moi et j’apprécie.

Le salaire me satisfait (environ $24 de l’heure -Brut- la semaine plus des primes après 22h et le week-end).

Le patron et le Head Chef sont satisfaits de moi, ils sont même impressionnés par mon travail, mon organisation, mon efficacité… Je gère mon poste à la perfection!

Je travaille dur et c’est récompensé. Ils reconnaissent mon professionnalisme.

Ils connaissent mon expérience en tant que serveuse et jugent mon niveau d’anglais correct pour me proposer un poste en salle. Je refuse. Pour deux raisons.

La 1ère: je ne souhaite pas travailler en tant que serveuse dans un restaurant gastronomique. J’ai toujours trouvé ces lieux ennuyeux, voir désespérant (on a pas le droit de rire devant les clients… c’est triste!!!). La 2ème: je me sens incapable d’affronter la clientèle avec mon niveau d’anglais. J’aime discuter avec les gens, collègues et clients et j’en suis encore incapable sans faire répéter 15 fois mon interlocuteur! Dans le rush d’un service, difficile d’être efficace dans ce cas là… mon sens professionnelle est catégorique!

Je reste donc à ma place de Kitchen Hand, à la plonge. Mais pas pour longtemps…

Plus tard, le patron me propose autre chose: travailler avec les Chefs pour la «mise en place» et ainsi réduire mon activité à la plonge. J’accepte cette fois-ci avec plaisir!

Je travaille désormais la journée. J’embauche dans la matinée et je pars dans la soirée, vers 19h. Le week-end, je continue à faire la plonge.

Mon anglais est encore médiocre et c’est difficile de tout comprendre mais les garçs sont au top: malgré leur quantité de boulot, ils prennent tous le temps de m’expliquer et surtout de tout me montrer. La plupart du temps, je reproduis et au bout d’un moment je sais ce que j’ai à faire et j’assimile le vocabulaire. Je note des recettes et des astuces de Chefs dans mon petit carnet. Je deviens un peu plus indépendante.

J’aime ce rythme, j’aime ce travail. J’apprend encore des choses et je communique plus souvent avec l’équipe. Je suis super contente!

Puis au bout de quelques semaines, le patron, satisfait de mon boulot et enthousiaste, me propose aussi de faire le service du soir en tant que «commis».

Malgré la barrière de la langue, il pense que je suis capable de les aider pendant le service! Je connais certains produits car je les travaille pendant la mise en place et mon coté artistique me servira pour le dressage. Je suis vraiment reconnaissante de ça!

Aujourd’hui, je porte la veste de Chef et je dresse de magnifiques assiettes sous l’oeil d’experts de la gastronomie! Sans aucune expérience ni compétences culinaires, je découvre l’univers gastronomique au côté de Chefs talentueux. Quelle chance!

Même si mon activité a évolué, je suis toujours salariée en tant que Kitchen Hand, sous le même contrat. Alors que les Chefs ont un salaire fixe à la semaine («=weekly») pour un nombre d’heures variables (mais toujours conséquents), moi je suis payé à l’heure, en «casual». Ce qui est un énorme avantage quand on travaille dans une cuisine!

En effet, dans ce domaine, le fait d’être payer à l’heure (=«hourly» ) est toujours plus rentable sauf grosse négociation avec le patron. De plus, je fais moins d’heures que les Chefs car je coûte plus cher qu’eux (c’est le monde à l’envers!).

Et puis de toute façon, travailler 15h par jour, il faut être fou… ou passionné! Et j’en suis pas encore là! Et ça, le patron l’a très bien compris!

Du coup, mes journées ressemblent à ça: 11h-22h ou fermeture sans coupure, en revanche j’ai un day OFF en plus que j’apprécie fortement avant d’attaquer le week-end qui est assez intensif en général! Ce day OFF supplémentaire (le restaurant est fermé le lundi et le mardi) me permet d’entretenir un équilibre entre mon travail et ma vie personnelle car je peux ainsi exercer mes propres passions. C’est important pour moi. Le tout me convient très bien!

 

Cependant, il y a deux choses difficiles à gérer.

  1. En 20 mois, mon niveau d’anglais a progressé mais je ne suis pas encore à l‘aise. Ça me pose problème et c’est une source d’angoisse quasi permanente. C’est même mon plus gros souci.

Ca vient sans aucun doute du fait que je parle uniquement en français avec Inò, à la maison et au travail… Un gros inconvénient pour l’apprentissage de la langue! On a beau essayer parfois, c’est juste impossible de s’y tenir: c’est tellement naturel de parler français entre nous!!

La barrière de la langue est probablement le plus fatiguant pour moi au travail. Outre, le stress que ça me procure, le fait de ne pas pouvoir m’exprimer comme je veux et de ne pas comprendre immédiatement limite mes possibilités d’actions et ma réactivité. J’ai toujours envie de poser des questions, de m’intéresser d’avantage mais c’est compliqué de s’investir avec cette barrière de la langue. C’est tellement frustrant!

Je me rend compte de cette différence lorsque je travaille avec Inò en pâtisserie. Puisque nous communiquons en français essentiellement, tout me paraît bien plus facile et simple à comprendre et à réaliser. La communication est fluide et tout va vite. Je peux prendre des initiatives et être totalement indépendante. Je me sens plus efficace et, évidement, plus sereine.

Cela reste un challenge au quotidien.

  1. C’est trop bizarre de crier “Oui Chef!” pour de vrai! Et ça l’est encore plus de devoir le dire à son mec! Mais je m’y fais… à condition que ça reste au travail! :p

Malgré ça, je suis quand même heureuse de me sentir active et utile! J’apprend un métier compliqué, qui demande beaucoup de compétences, d’énergie et de créativité. C’est un métier artistique et ça me plaît assez de découvrir ce nouvel univers presque malgré moi! Et il faut dire que j’ai beaucoup de chance d’être à cette place! Chaque jour, je suis reconnaissante de ce que je reçois ici.

Je n’ai pas grand chose: les mains vides, l’esprit au repos, la curiosité en éveil… Mais j’ai tout: l’envie d’apprendre, de découvrir, d’expérimenter.

Certains évènements m’ont démontrés que la vie est précieuse, et j’en ai tiré une philosophie à ma mesure… Goûter pleinement à l’existence est mon seul but!

Alors je profite encore de cette opportunité jusqu’à ce que mon destin me porte sur un autre chemin…

Et je n’en ai pas encore totalement conscience, mais je sens que je viens de trouver l’axe de mon existence. Pas pour la cuisine mais pour l’écriture…

 


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